VAUBAN ET NEUF-BRISACH

La ville fortifiée de Neuf-Brisach a été construite ex-nihilo sur les ordres du roi de France Louis XIV à partir de 1698. L'objectif est de renforcer les défenses du Rhin après la perte de Brisach consécutive au traité de Ryswyck de 1697, place forte qui avait été rattachée à notre royaume lors de la signature du traité de Westphalie en 1648.


Enserrée dans ses remparts médiévaux, la ville haute de Brisach, qui domine le fleuve d’une quarantaine de mètres, à toujours constitué une sorte de verrou stratégique pour barrer le passage, trop fragile ici, d’une rive à l’autre du Rhin. Importante place forte autrichienne installée au bord du Rhin, la cité est prise en 1638 par l'armée franco-suédoise menée par le duc Bernard de Saxe-Weimar, allié à la Couronne de France.

En 1664, Vauban est appelé à Brisach afin de relever et améliorer la fortification, tandis que la population se développe jusqu’à s’étendre, en 1680, sur l’Ile-de-Paille où sera édifiée une nouvelle ville appelée la « Ville-Neuve-Saint-Louis ».

En 1697, à la signature du Traité de Ryswyck, la France doit rendre Brisach aux Autrichiens, avec obligation de raser les fortifications de Vauban, ainsi que la «Ville-Neuve-Saint-Louis» et son fort. La France n’a alors plus de défenses sur le Rhin et Vauban est, une nouvelle fois, chargé de l’étude et de l’implantation d’une autre cité stratégique sur la rive gauche du fleuve.

Pour garantir l’efficacité de la défense de la frontière du Rhin, Vauban va devoir réaliser à 1200 toises du Fort Mortier une forteresse de plaine et enterrée à bastions en étoile, qui sera un véritable piège pour l’ennemi.

Contrairement aux forteresses de montagne parfaitement adaptées au terrain, et  aux  châteaux  forts  du  Moyen-Age,  qui  sont  l’un  et  l’autre visibles d’assez loin, Neuf-Brisach est quasiment invisible de l’ennemi qui devra s’en rapprocher au point de s’exposer systématiquement au feu des défenseurs.

Les travaux d'édifications sont extrêmement rapides au vu des moyens techniques de l'époque :

  • les travaux de Neuf-Brisach débutent en septembre 1698,
  • la ville est fondée en 1699,
  • les fossés sont creusés et les terrassements sont achevés en 1700,
  • les murailles et les casemates de la fortification qui passe alors pour être la meilleure d’Europe, sont terminées en 1703,
  • et la ville sera intégralement bâtie vers 1710


En dehors de ses honorables dispositions pour la guerre de siège, très économe en pertes humaines, Vauban se penche à chaque instant sur le sort des populations pauvres qu’il aura maintes fois rencontré durant ses innombrables voyages de Flandre en Roussillon, de Bretagne au Rhin et au-delà, de Lorraine en Aquitaine, de Paris en Bourgogne, en Franche-Comté et en Provence…

L’œuvre de Vauban pourrait se résumer ainsi : 48 sièges et 48 victoires, 8 blessures, près de 200 places fortes relevées et corrigées, 33 places nouvellement bâties, dont Neuf-Brisach, la dernière à l'âge de 66 ans, plus de 300 plans et dessins, 147 plans-reliefs, 95 mémoires et traités rédigés sur tous les sujets d’ordre militaires, stratégiques, politiques, maritimes, fluviaux, agronomiques, forestiers, miniers, économiques, religieux, philosophiques…

Nous lui devons également l’achèvement du Canal du Languedoc, la construction de nombreux phares sur nos côtes, et pour satisfaire tout cela, sur une route longue de plus de 180.000 kilomètres parcourue à cheval, en chaise de poste, en calèche, en coche d’eau ou en basterne, inlassablement à travers le royaume et en dehors de nos frontières, tel qu’en atteste son abondante et méticuleuse correspondance, pendant 52 années de fidèles services auprès du Roi !

Vauban s'éteint le trentième mars 1707 à Paris, d’une fluxion de poitrine, à 74 ans. Sa dépouille repose depuis dans l’église de Bazoches, en Morvan, sa terre natale, et l’urne qui contient son cœur est exposée sous le dôme parisien des Invalides.

Ses nombreux travaux, écrits et constructions, représentent aujourd’hui une richesse considérable de notre patrimoine historique et portent la marque indélébile d’un grand homme curieusement inspiré.